Les garagistes en ont encore sous le capot !

Pression immobilière, concurrence des centres pour auto à la périphérie, les garagistes en ville se font de plus en plus rares. Pourtant, ceux qui sont restés peuvent s’appuyer sur une clientèle fidèle.

« J’aime sentir la mécanique au bout de mes doigts »

Garage LaennecTout le quartier lui dit bonjour de la main en le croisant. Depuis dix ans, Pierre Groisard tient le garage Laennec dans le quartier Madeleine-Champs-de-Mars.

Au garage, Pierre Groisard termine sa journée. Il se lave les mains pour la centième fois depuis ce matin : « Je suis de la vieille école et je travaille sans gants. J’aime sentir la mécanique au bout de mes doigts. » Ses mains sont noires jusqu’au bout des ongles, mais, paradoxalement, Pierre se lave les mains toute la journée. « On s’habitue, que voulez-vous ! », s’exclame le garagiste.

Une carrière de garagiste nantais

À 13 ans et demi, Pierre est rentré dans le métier : « Je n’étais pas bon à l’école, mes parents ne roulaient pas sur l’or. On m’a dit qu’il fallait que je trouve un métier. Or, que veut un petit garçon de 13 ans ? Il sera pompier ou garagiste. J’ai choisi. »

La carrière de Pierre a commencé à Nantes, dans le fond d’une cour d’un garage du quai de Versailles. Le sol était en terre battue. Pierre a continué dans un garage des Dervallières, puis, de fil en aiguille, il est devenu chef atelier rue des Hauts-Pavés. Le hasard l’a fait atterrir, il y a dix ans, dans le quartier Madeleine. « C’était un garage à l’ancienne ici. On a tout transformé avec Catherine, ma femme », explique-t-il. « Mais y’aurait encore du boulot », poursuit-il, malicieux.

La disparition des garages de centre-ville

Pierre Groisard reconnaît que le métier de garagiste se perd dans les centres des grandes villes. « Prenez l’Île de Nantes, les beaux immeubles remplacent les garages. Près du jardin des plantes, le garage Louis XVI a été démoli pour accueillir le nouveau projet du musée des Beaux-arts, en construction ». Les garages cèdent le terrain face à la pression immobilière.

Quartier Madeleine-Champ-de-Mars, le garage Laennec tient bon et la clientèle de Pierre Groisard est fidèle.

Garage Laennec : 14, rue Laennec. Tel : 02 51 72 24 05

« Les garagistes revendent aux promoteurs »

Garage VoltaireStéphane Carillon est le garagiste du garage Voltaire. Installé rue Bayard depuis un an, il possédait autrefois un garage non loin de la rue Voltaire. Un promoteur immobilier a racheté son commerce et il a déménagé. Sa clientèle l’a suivi.

« J’ai eu une chance inouïe de retrouver un garage en centre-ville », reconnaît Stéphane Carillon. Pendant plus de dix ans, Stéphane était le garagiste de la rue Voltaire. Il a dû déménager. « Notre foncier est plus important en ville qu’en campagne, c’est sûr. La densité de la population compense le prix du loyer. »

À 25 ans, Stéphane est devenu garagiste. « Il n’y a aucun garagiste dans ma famille. Le métier me plaisait, j’ai obtenu mon diplôme et j’ai été l’apprenti de Pierre Groisard, un garagiste nantais (lire ci-contre). J’ai commencé à travailler place du Commerce, il y avait un garage à l’époque. Aujourd’hui encore, le métier continue de me plaire. »

« Je crois que notre commerce résiste grâce à l’effet de proximité », explique Stéphane. Les clients sont fidèles à leur garagiste de centre-ville, surtout car les centres automobiles sont toujours à la périphérie. « Ici, je connais les voitures de mes clients que je suis parfois depuis des années ». Stéphane estime que l’aspect relationnel a autant d’importance que l’aspect économique. « Une confiance mutuelle s’est installée avec les clients », dit-il, reconnaissant.

Un métier en voie de disparition ?

Stéphane peut apporter son témoignage sur le métier de garagiste en centre-ville.

Depuis quinze ans, il a été témoin de la fermeture des garages. « Les garagistes à la retraite ont préféré revendre aux promoteurs plutôt que de vendre leur fonds de commerce. C’est dommage, car le garagiste crée de l’animation dans le quartier. Par ailleurs, les entreprises quittent également les centres-villes pour s’installer en périphérie. Du coup, les gens déposent leur voiture en centre-auto. »

Le Garage Voltaire : 5, rue Bayard. Tel : 02 40 73 83 76